Etre artisan au 21ème siècle

Mesdames, Messieurs,

Cette petite causerie a été élaborée à la demande de quelqu’un qui est artisan en plusieurs domaines: cultivateur, éleveur et créateur d’autres choses encore qui restent à découvrir, j’ai cité monsieur Michaux, fermier de son état.

D’après le petit Larousse, le mot artisan désigne un(e) professionnel(le) qui exerce à son compte un métier manuel souvent à caractère traditionnel. Le mot vient de l’italien « artigrano » et si il y a un pays dont nous admirons la maçonnerie, la verrerie , les chaussures , la mode en général , la cuisine , les bons vins,….sans oublier les automobiles d’exception, c’est bien l’Italie d’aujourd’hui, descendante de cet empire romain toujours présent à nos esprits (les automobiles étant à l’époque des chars, évidement.).

Nous les belges ne sommes pas de reste non plus, soyons modestes, les touristes se jettent sur notre chocolat, si ils sont un peu plus riches, ils dénichent la dentelle véritable qui nous reste encore.

Moins riches, ils pourront quand même s’offrir nos bières spéciales , nos fromages savoureux, nos inimitables frites. Ils rendent chez eux avec une poterie de Bouffioux, une dinanderie en souvenir.

En France toute proche, les artisans ont même conservé une noblesse incontournable en la personne de leurs compagnons. En effet, le compagnonnage exige de ses membres un apprentissage long et itinérant qui permet des contacts nombreux avec des maîtres expérimentés.

Le jeune artisan devra au terme de son apprentissage réaliser un « Chef d’œuvre » .
Ce mot évoque une profession artistique comme ébéniste ou ferronnier mais le plombier, l’électricien, qui accomplit une tache à première vue moins esthétique n’en n’est pas moins un artisan accompli.

La beauté d’une installation sanitaire ou électrique réside dans son excellence, dans ce qu’elle contribue à un mode de vie agréable, à un confort de bon aloi.

Aussi divers qu’ils soient les métiers que l’on désigne par le mot « artisanat » ont une chose en commun. Ils font la richesse d’une civilisation. C’est en grande partie l’œuvre des artisans qui fait le prestige de l’Égypte ancienne, de Rome , de la Grèce, de la Chine et de bien d’autres civilisations anciennes.

Bien sûr la littérature, nous renseigne sur la pensée, les sentiments et les préoccupations des Anciens mais une clef de bronze , un hypocauste (ancêtre de notre modeste chauffage centrale) un verre , une céramique échappée miraculeusement à la destruction, une tuile encore marquée du nom de son fabricant. Tout cela nous émeut.

Ce ne sont pas des tons grands mais ce sont quand même de petits chefs d’œuvre que nous sauvegardons dans nos musées. C’est dans cette tradition d’apprentissage lent avec des maîtres expérimentes que sont apparus les plus grands artistes, plus créatifs, plus originaux peut-être mais qui n’ont jamais renié leur formation artisanale. Léonard de Vinci ne dédaignait pas de créer des costumes ou des automates pour les fêtes des seigneurs, il s’adonnait à l’élaboration de projets de canalisations.

Il savait trouver les bons fondeurs pour réaliser ses statues équestres…..

Et pourtant aujourd’hui, on s’adresse moins à l’artisan pour s’installer dans la vie. C’est que depuis la Révolution Industrielle née en Angleterre au 18ème siècle, à une époque de grande croissance démographique, la production de masse est apparue-tout d’abord dans le domaine du textile et de la mine. Il fallait des métiers mécaniques pour tisser , des machines pour aller chercher le charbon bien loin sous la surface de la terre, en quantités de plus en plus grandes.

C’est aussi à cause, ou grâce à ces nouvelles machines, qu’est apparue la production de masse . Il n’y a plus besoin de patienter, d’attendre que l’artisan ait terminé un pot à sel ou une corbeille tressée pour aller au marché.

Non, on va maintenant au supermarché et pour peu d’argent on n’a un récipient genre tupperware ou un sac en plastique , nous laisserons donc a nos descendants des montagnes d’objets peu biodégradables bien que cassés ou fissurés. Vous direz que tout cela favorise le recyclage et le développement de nouvelles activités mais ceci est une autre histoire même si cela crée un nouvel artisanat.

En ces temps de crise, l’artisanat souffre . On achètera un meuble en kit plutôt que de s’adresser au menuisier ou à l’ébéniste, on ignorera tailleur ou coutelier pour se jeter sur des vêtements bon marché qui s’effilocheront , on achètera pour les enfants des jouets qui formeront bientôt une montagne de plastique brisé et comme je l’ai dit très peu bio dégradable.
N’empêche , j’ose espérer que nous n’avons pas tous perdu le sens de ce qui fait une civilisation, c’est à dire l’amour de ce qui fait l’admiration des contemporains pour le savoir faire , pour l’expérience , pour l’effort.

Si les artisans disparaissent et ici les politiciens peuvent jouer un rôle pour les encourager au lieu de les détruire , si les boutiques continuent à fermer, si on ne trouve plus qu’un genre de viande, qu’un genre de pain, qu’un genre de vêtements, alors nous pourrons nous vanter d’avoir réalisé le monde du célèbre écrivain George Orwell, dans son roman 1984 mais cela , j’espère , nous ne le verrons pas, …

Madame Andrée Lecomte

Voici une petite vidéo réalisée dans le cadre de l’événement « Echanger, c’est savoir! » qui propose de mettre l’artisan en avant et de réfléchir sur la place de celui-ci au 21ème siècle. Cette vidéo reprend les grands thèmes de l’ASBL « Le Chemin d’un village » et la dimension de l’artisan, selon Philippe Michaux.

Ce petit fichier joint correspond au mis en avant lors de l’apéro-débat de l’événement « Echanger, c’est savoir! ». Il présente l’évolution de la conception de l’artisan.

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